Encore un départ mais cette fois-ci pour gagner mon second salaire avec contrat de travail et tout le toutim.
Fini les Baby-sitting de fortune vivement la première vraie rencontre avec le monde travail. Hourra !
C'est ce que pensais, normal à 19 ans, sortie de 9 ans de pensionnat, la vie ne pouvait QUE être belle. Ceci dit, ma collègue Stéphanie P m'avait bien prévenue : "Si tu trouves que la vie en
pension est dure, dehors c'est pire, puissance 10".
Le train me dépose donc à la gare et là, un bus de l'armée m'attend ainsi qu'une poignée d'autres personnes afin de nous amener à la colonie de vacances pouor ados de l'IGESA. Encore de
l'armée, moi, cela ne me choque pas puisque c'est par le service social militaire que j'ai pu obtenir un poste.
Arrivée sur les hauteurs de l'arrière-pays. Un établissement magnifique, parfaitement entretenu, esprit militaire oblige. Le directeur et son épouse nous acceuille. Lui : un grand homme sec
mais musclé, blanc, cheveux grisonnants ; elle : une beauté black avec des extentions rasta. Il était professeur de français expatrié au Bénin et elle enseignante d'origine dans ce même pays.
Un couple magnifique physiquement mais surtout dans leur esprit. Dès le début, un élan de sympatie me poussa vers eux avec la ferme intention d'avoir la chance de faire partie de leurs
connaissances.
Durant les 2 premiers jours, les filles, de mon âge, qui travaillaient là depuis déjà quelques années, me montrèrent le travail à effectuer. Rien d'extraordinaire : le ménage des dortoirs, des
déambulations, la préparation du réfectoire, service des repas et desserte. Puis la lingerie : ramasser, laver, étendre, repasser et redistribuer le linge des ados. Toutes ces tâches attribuées
sur roulement plannifié.
Nous déjeunions avant le service des ados pour l'essentiel d'entre nous et les 2 derniers mangeaient avec la direction. Un jour, absorbée par ma tâche, je n'ai pas vu l'heure du repas arriver.
Le directeur est venu me chercher et m'a fait assoir entre lui et son épouse pour le repas. J'étais aux anges. Mes collègues me hurlèrent dessus car cela ne se faisait pas. Bon.
La lingerie était le poste le plus détesté par tous car, la pause tabac n'était pas possible et le tri du linge et sa répartition par dortoir posait visiblement un vrai problème à la plupars.
Je signale donc à mes collègues, que je préférais ce poste et que, s'ils étaient d'accord, j'acceptais de ne faire que celui-ci. Accord général des collègues mais à la condition que j'en fasse
la demande auprès de la direction. Accord de la direction, qui trouva mon initiative de bonne augure. En remerciement du travail suivi fourni, la direction me fit déjeuner avec eux de façon
définitive. Super ! Je profitais de ces repas pour créer et enrichir ma culture sur le Bénin et l'Afrique en général. Le couple de direction était ravi d'avoir un interloccuteur si attentionné
et avide d'informations.
Mais je n'avais pas vu les nuages noirs de la colère de mes collègues arriver.
Pour les jours de congés, si le cas se produisait, nous pouvions profiter du bus pour descendre du site. C'est ainsi que j'ai eu l'opportunité de visiter le musée Cousteau de Monaco : une
merveille, impossible à faire en une seule journée. Il est simplement regrettable de savoir que c'est ce même musée qui nous a pollué la Méditerrannée avec cette maudite algue (petite
parenthèse écolo).
Arrive la fin de la colonie. La veille du départ, un repas amélioré est donné à l'ensemble du personnel, et tout le monde mange ensemble, pas de service. C'est ce jour là que j'ai pris ma
première cuite. Je n'avais jamais bu d'alcool, la fête aidant : "Allez Kinia, un verre de rouge, un de rosé, un de blanc et encore un de rouge". Total : la tête tourne ainsi que les boyeaux.
Kinia se lève de table et vomir tout son contenu gastrique et au dodo.
Et pendant ce temps, en Moselle, mon futur époux fréquentait toujours Laurence et se préparait à entrer en terminale je ne sais quoi.
Le lendemain, jour du départ. Pas de gueule de bois, visiblement mon organisme a su me faire arrêter à temps. Chargement des valises dans les soutes du car. Au loin une voix : "Kinia,
viens nous avons quelquechose à te donner". J'arrive auprès de mes collègues et là : lunchage en règle : shampoing, mousse à raser, oeufs, giffles et coup de poing + tentative de destruction de
mes vêtements au cutter. La directrice intervient et me mène à la douche la plus proche. Elle va chercher ma valise afin de me trouver d'autres vêtements à mettre ainsi qu'un sac poubelle pour
y mettre les affaires souillées. Sous la douche, j'entends la directrice pleurer et son époux a du venir la consoler. Elle n'avait jamais vu cela et lui non plus. Je monte dans le car, cheuveux
mouillés mais surtout les yeux mouillés car, à cause de cette situation j'ai perdu ce couple de vue. En effet, de dépit, la directrice déchira mon papier-adresse et promis de ne plus jamais
revenir en France.
"Dehors, ce sera pire, puissance 10" merci Stéphanie.

Mais j'ai eu mon second bulletin de salaire : 3583.52 francs : une vraie fortune pour moi mais à quel prix !
Il y a des mis que l'on voudrait oublier mais ce sont eux qui restent au fond de la mémoire mais pas autant au fond qu'on le voudrait.
Pourvu que l'école d'infirmières soit plus acceuillante.