Après bien des périgrinations pendant ces huit années à Echouboulains, il fallait penser, durant cette dernière année, aux deux sanctions finales : le bac et le concours d'entrée en école d'infirmières.
Comme tout le monde, les épreuves de francais avaient eu lieu l'année d'avant, en classe de première. A l'écrit j'ai eu 12/20 et à l'oral 10/20. Il faut dire que je n'avais pas lu l'oeuvre suivie (madame Bovari : quelle barbe !) Je n'avais mêmepas acheté le bouquin. J'avais emprunté celui de la bibliothèque mais pour mon malheur, il a fallut le restituer avant la date de l'examen. Donc, je ressors de la salle d'examen afin d'emprunter un livre à mes camarades qui m'avaient promis de le faire. Mais au moment arrivé, plus personne. Je ne sais plus ce que j'ai dis en quelques secondes, mais aussitôt 2 livres me sont tombés tout cuits dans les mains.
Nous avions étudié : le réalisme et la dérisoin du romantisme. La prof, qui ne devait pas être de correction, arrivée en catastrophe sur un arrêt maladie de sa collègue, me demande de traiter le chapitre 8 sur le sujet : l'humour noir. Malheur, mais que dois-je faire ? Je commence par lire les 3 chapitres 8 du livre et de prendre celui qui serait le plus en phase avec le sujet. Erreur complète. Bref, au bagout, et au dégout j'ai eu ce 12/20.
Bref, j'arrivais en terminale avec 2 points d'avance. C'est peu mais c'est déjà cela.
Mais avant, il fallait passer le concours d'entrée en école d'infirmère. Je m'inscris auprès de l'Assistance Publique des Hôpiteaux de Paris et pas ailleurs car les dates des concours étaient en dehors des congés scolaires. Je coche l'école n° 33 par erreur au lieu de la 32. En effet, la 32 proposait l'hébergement durant les 3 ans d'études contre un engagement de 5 ans derrière pour l'APHP. L'école n° 32 n'offrait pas cette possibilité (c'était l'hôpital Necker).
Bon, je suis reçue dès le premier tour. Impeccable, je vais pouvoir me consacrer entièrement à mon bac et au concours de gym ainsi qu'à mon rapport de stage dactylographié avec les premières machines à 8 caractères de mémoire d'effaçage.
Pendant ce temps là, celui qui va devenir mon mari fréquentait sa classe de première ainsi qu'un certaine LAURENCE.
La semaine précédant l'examen, les profs nous faisaient un peu souffler, en ne faisant plus de cours au sens stric du terme mais répondaient aux questions et nous parlaient un peu d'autre chose (aide psychologique).
Evidement, il y a toujours la même, Corine, qui ne peut s'empêcher de se faire mousser en demandant systématiquement à chaque prof son estimation des notes de chacune. Un souvenir marquant à ce sujet : ce jour là, je n'étais pas au cours d'anglais puisque j'entraînais pour les championats de France de Gym, et le prof a dit : "vous direz à Kinia, que, avec de la chance, elle aura peut-être 12". Sympa. Et bien j'ai eu 17/20.
Il s'agissait d'une épreuve orale. Nous devions présenter 10 textes dont 6 extraits de l'oeurvre suivie. Nous sommes arrivées avec 8 textes en tout dont 7 de l'oeuvre suivie "roots". Les copines m'ont dit : "Tu lis une ou deux lignes, histoire de montrer que tu sais lire et là, le prof t'arrête et tu commences ton explication de texte. Plus elle te laisse lire, moins c'est bon. Et surtout, fermes-la, ne dis pas que nous faisons du laboratoire de langue ! ok? "
Ma camarade Patricia passe avant moi et raconte l'histoire de Rosa Parks. Moi, j'espérais ne pas tomber sur l'oeuvre suivie car j'avais travaillé à fond un comparatif entre les constitutions américaine, anglaise et française. J'avais aussi bossé sur le commerce triangulaire de la négritude.
Arrive mon tour. La prof me fait lire TOUT le texte d'extrait de "Roots". Je ne comprenais pas. Je savais que j'avais entraîné mon accent en écoutant les disques de ABBA et que donc ce dernier était strange mais quand même ! J'enchainais sur le commentaire de texte : commerce triangulaire, place de français et des anglais dans cette machinerie, évolution du groupe racial aux US. Puis je dis , en français, "je ne vais pas vous parler de Rosa Parks, puisque ma collègue viens de vous le faire. Je passe à l'étape suivante.". La prof, interloquée me laisse finir puis me demande l'origine de mon accent. Je lui raconte, en français, elle rit, je rajoute que l'on faisait du laboratoire de langue et que c'était à cause de cela que nous ne présentions que 8 textes au lieu des 10 prévus. Remue-ménage et regards tueurs de mes collègues pas encore passées. Puis, j'insiste en disant que j'aurais bien voulu faire mon comparatif des constitutions. "Allez-y, je vous écoute" me lance la prof. Et c'est parti pour dix minutes de plus. Soit un total de trente cinq minutes d'oral sur les 10 conventionnels.
Lorsque nous avons toutes fini notre examen, l'enseignante aui nous accompagnait, qui était celle que nous avions eu de la 4ème à la seconde, n'a pu s'empêcher d'aller à la pêche aux notes. Elles ne nous a rien dit sur le montant des notes mais alors que je montais dans le bus, elle me mis une petite claque derrière la tête en me disant : " Vous, alors vous, comment avez-vous fait ? Si vous saviez ce que vous avez fait ?" J'ai été blème tout le temps du trajet retour m'interrogeant sur cette langue que décidément je savais pas contrôler. (ps : toujours pas de contrôle aujourd'hui)
Le lendemain, le prof d'anglais me fait demander et dit : "Racontez-moi, comment avez-vous fait pour avoir 17/20 et faire augmenter les notes de toute la classe de 2 points". Et moi de lui raconter le déroutage de ma langue au sujet du laboratoire de langue. Mais il m'a fallut lui avouer que je n'avais JAMAIS recopié ses plans du cours car je n'aime pas "ouvrir des tiroirs" mais que j'avais fait des recherches externes que j'avais intégrés aux cours. Je lui ais dis pour les différentes constitutions et le commerce triangulaire. Je m'apprétais à subir une remontrance, au lieu de cela j'ai vu mon prof se mettre à pleurer et à la vue de mon inquiétude il m'a dit : "Vous êtes la première en 15 ans de carrière, à vous servir de ce que je dis autour du cours au lieu de recopier bêtement un plan à apprendre par coeur pour l'examen".
J'étais TRES fière de moi même si je lui ais aussi avoué que j'ai parlé en français presque tout le temps.
Les épreuves se sont enchaîné sans signes caractéristiques excepté pour cette sténographie détestée (dailleurs je nai eu que 09/20) mais c'était optionnel.
Pendant ce temps, mon futur époux passait avec succès ses éprenves écrites et orales de français. NB : il était arrivé second régional au concours de la Résistance.
Toutes les pensionnaires étaient parties, sauf les punies (dont j'ai fais souvent partie) et nous attendions les résultats. Reçue ou pas ? Rattrapage ou pas ? De tutes façons, j'avais décidé de ne pas bosser les épreuves de rattrapage sans certitudes.