Durant toute cette année estudiantine parisienne, un problème majeur s'est posé en permanence. OU LOGER ?
En effet, entre les besoins de vie personnels de ma tante sur Ermont et mes envies d'indépendance, le logement était nul.
J'ai bien cherché à garder une grand'mère contre logement à Odéon mais cela n'a pas collé (la famille m'avait prévenue que j'étais la 10ème en moins d'un an et demi à tenter l'expérience). C'est là que j'ai découvert les joies des bains publics.

J'ai renouvelé l'expérience avec une grand'mère, épouse d'un homme célèbre rue Montaigne mais le voisinage n'a pas supporté ma présence de pauvre dans le secteur. Que c'est beau l'avenue Montaigne, par contre pas de transport en commun en dehors de bus et encore...Dans le 15ème, chacun possède SA voiture, oh pardon : SON AUTOMOBILE HAUTE GAMME. Ceci dit, dans l'appartement en question, il n'y avait pas de salle de bains. Juste une pièce joliment décorée avec un lavabo. par contre l'immeuble est classé...
J'ai même passé une nuit sous le pont qu'a embrassé Dy.
Bref, plus rien de bon et je perdais trop de temps à chercher un lieu de sommeil plutôt que de travailler.
Décision fût prise : retour à l'envoyeur et transfert du dossier scolaire auprès de l'hôpital de Mont de Marsan. Je serais hébergée par mon grand-père maternel.
En attendant, deux choses :
1/ avoir un dossier en béton afin de permettre le transfert,
2/ finir l'année en cours.
Mon oncle de Ermont me proposa l'appartement de sa tante qui venait de fracturer le col du fémur. De fait, le dit logement était vacant pour 4 mois et cela arrangeait tout le monde qu'il soit occupé. Je retournais tout de même tous les week-ends les voir et profiter de la machine à laver.
Super, un petit studio, chauffé, avec une salle de douche et tous frais payés contre son occupation : je prends !

Me voici donc arrivée à Clichy (92) pendant sa grande période de travaux.
Restait le problème de la nourriture. Et oui, Il ne faut pas non plus vouloir que l'on me remplisse le réfrigérateur en prime.
En bas de l'immeuble, un magasin sur rue de produits frais : légumes, fruits, poissons et viandes.
Je me présente donc auprès du gérant de "Lepeuve et Penig" et je suis embauchée de suite pour le maintien d'un stand les samedi et dimanche matin.
Nouvelles feuilles de salaire, déclarations légales et tout. Le rêve pour une "vendeuse extra" à 50 francs de l'heure.
Je peux l'avouer maintenant, la deuxième semaine, en attendant la paie, j'ai piqué 10 francs dans la caisse afin de me payer le ticket de carte orange. Mais j'ai tout restitué après !
Me voici donc à vendre du poisson, les mains dans la glace toute la journée ou sous le robinet d'eau chaude...(merci la maladie de Raynaud).
Je n'ai jamais eu autant de place dans le métro que lorsque je sortais de ce travail afin d'aller voir ma tante et mon oncle à Ermont. La première chose que faisait ma tante était de me déshabiller et de propulser le tout dans la machine à laver, d'u côté, et sous la douche de l'autre.
Puis j'ai été affectée au petit stand des coquillages et fruits de mer. Donc les crevettes et les crabes. J'ai demandé à être formée sur les produits de façon à pouvoir les vendre. Pas de soucis. "Vu votre potentiel à la vente, tout ira bien. Et même sans connaitre les produits, vous pouvez tout vendre." Merci chef. Ce fût la première fois que l'on me faisait confiance au travail et que l'on me le disait.
Cela m'a fait du bien.
Et pendant ce temps là, Kaalloo fréquentait toujours Laurence et préparait son baccalauréat.
Le principe de ce magasin était le suivant : vous preniez vos produits, la vendeuse les pesait, vous annonçait le prix et vous remettait un ticket. Avec ce ticket, vous passiez à la caisse, au centre du magasin, un coup de tampon et vous reveniez chercher vos produits en échange dudit ticket.

Un matin, devant mon stand de crabes, des tourteaux pour la saison, se présente un homme de type "asiatique". Il me demande de lui choisir trois tourteaux.
Moi : Pour les pinces ou pour la chair Monsieur ?
Lui : Pourquoi, il y a une différence ?
Moi : Oui monsieur. Si vous souhaitez un tourteau pour la chair je dois vous choisir une femelle, si c'est pour les pinces, je dois vous choisir un mâle.
Lui : les 2
Moi : 2 mâles et une femelle ou 2 femelles et un mâle.
Lui : 2 mâles et une femelle, mais bien en chair, pas vides.
Je soupesais donc mes crabes, cognais un peu sur la carapace, demandais l'accord du client et j'éditais le ticket.
Mes collègues des poissons et des fruits me regardaient inquiets. Le monsieur revint récupérer ses tourteaux non sans me dire : "très bien choisis mademoiselle, très bien".
Soulagement évident de mes collègues.
Moi : Ben quoi ?
Ma collègue : tu sais qui c'est ?
Moi : Non
Elle : C'est le plus grand restaurateur asiatique de Paris. Il vient jusqu'ici pour ces crabes et ses crevettes. Si tu avais raté la vente, on le perdait. Tu t'en es super bien sortie.
Moi : J'ai les mains gelées, je vais sous l'eau chaude.
Puis j'ai été affectée aux fruits et légumes exotiques. Je demandais carrément aux clients ce qu'étaient les produits et leur méthode de préparation.
En quelques semaines, j'ai appris la vie au travail, la valeur travail et une foule d'informations sur les produits alimentaires.
Encore merci Lepeuve et Pening.
Et voici un petit jeu : imprimez le dessin ci-dessous, coloriez-le et trouvez la bébette.